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Guerres d'aujourd'hui :
pourquoi ces conflits ?
Peut-on les résoudre ?

Présentation | Préface | Avant-propos | Sommaire et auteurs

Sous la direction de Sara Daniel

Grand reporter au service étranger du Nouvel Observateur, elle a commencé sa carrière aux Etats-Unis, puis, après le 11 septembre 2001, est devenue correspondante de guerre et a couvert l’Afghanistan, l’Irak et le Moyen-Orient. De 2003 à 2005, elle a été correspondante à Bagdad. Elle a publié "Voyage au pays d’Al-Qaida" aux éditions du Seuil et "Voyage to a Stricken Land : Four Years on the Ground Reporting from Iraq" aux éditions Arcade Publishing, à New York.

Lire la préface du livre sur le site d’Hubert Védrine




Quelles sont les guerres « chaudes » qui empoisonnent aujourd’hui les relations internationales, et surtout comment peut-on les résoudre ?

Des soldats français meurent en Afghanistan ; dans le camp opposé, des Français et des Européens ont rejoint le djihad – la « guerre sainte » – en Irak et au Pakistan ; les dirigeants des nations européennes et des instances internationales semblent impuissants à mettre un terme aux atrocités du Darfour, au confl it israélo-palestinien, à l’occupation de la Géorgie…

Parce que notre pays a choisi un camp (nucléaire iranien, crise libanaise), ou qu’il participe à l’arbitrage de ces confl its, ses décisions affectent la paix dans le monde. Afghanistan, Darfour, Colombie, Géorgie, Israël-Palestine, Irak, Iran, Liban, Tibet... ces crises ne sont plus l’expression d’une barbarie lointaine : ce sont « Nos guerres ».

Pourquoi ces guerres ? Qui en sont les acteurs ?

A l’heure où Internet nous submerge d’informations contradictoires et incertaines, les chercheurs les plus prestigieux de Sciences Po, du CNRS, du Collège de France, de New York University, mais aussi des diplomates et de grands spécialistes internationaux de la résolution de confl its partent de l’actualité qui fait la « une » des journaux pour nous l’expliquer, simplement. Et surtout, pour la première fois, ils osent nous proposer leurs solutions pour en fi nir avec ces confl its. Et si nos guerres n’étaient pas inéluctables ?

Nous avons sélectionné neuf de ces confl its pour cette première édition. Ils font la une de nos journaux, du drame de l’Afghanistan à celui de la Géorgie, jusqu’au confl it israélo-palestinien.

De nouveaux acteurs (Ben Laden, les Janjawids) sont apparus et des logiques diffi ciles à comprendre ont émergé dans ce nouveau monde secoué par des confl its ouverts.

Cet ouvrage a l’ambition de les présenter et d’expliquer de manière concise les confl its de forte intensité avec lesquels nous vivons et dont nous sentons en permanence les répercussions en 2008-2009 : confl it israélo-palestinien, Irak, Afghanistan, Darfour…ses acteurs, leur histoire, l’état des négociations et surtout, c’est la nouveauté, notre propos est de mettre l’accent sur les différentes solutions qui pourraient les résoudre, illustrées par des cartes.

Ecrit par les plus grands spécialistes européens, américains et arabes, acteurs ou témoins privilégiés de ces guerres (Pierre Jean Luizard, Robert Malley, Barnett Rubin, Henry Laurens, Andrew Fisher, Bernard Hourcade, Ghassan Salamé, personnalités de l’ONU, …) Chercheurs de l’Institut de Relations Internationales, de l’International Crisis Group et de la New York University, de Think-tanks américains entre autres. Les « solutions » envisagées seront subjectives et pragmatiques.

Le Tibet existe-t-il ? Faut il craindre un Iran nucléaire ? Peut-on résoudre le confl it israélo-palestinien ? les Etats-Unis doivent-ils retirer leurs troupes d’Irak ? Doit on inculper le président du Soudan avant de conclure un véritable accord de paix au Darfour ? La communauté internationale peut-elle encore réussir en Afghanistan et comment ? Voici quelques unes des questions auxquelles tente de répondre ce livre.





Préface

Le livre « Guerres d’aujourd’hui » élaboré sous la direction de Sara Daniel et publié par les éditions Delavilla arrive à point nommé. Pour plusieurs raisons.

D’abord parce qu’il y a dans le monde actuel un nombre suffi sant de crises, hélas, pour justifi er un tel travail. Le livre en traite neuf, les plus importantes: Israël-Palestine, Liban, Irak, Iran – elles sont d’ailleurs liées –, Afghanistan, Darfour, Tibet, Colombie, Géorgie.

Ensuite, parce que l’année 2008 marque l’effondrement des croyances à la fois triomphalistes et optimistes qui ont dominé l’Occident – Etats-Unis et Europe – depuis la disparition de l’URSS, et qui nous dispensaient, croyait-on, de comprendre un monde qui nous était acquis. Fin de l’histoire. Avènement d’une « communauté » internationale unifi ée autour de l’économie de marché, de la démocratie et des droits de l’homme, mis à part quelques dictatures anachroniques condamnées par l’évolution. Affi rmation de « nouveaux acteurs » supplantant les Etats : ONG, société civile internationale, justice internationale, etc. Gouvernance mondiale. Ingérence. Objectifs du millénaire, etc. Cela fait une vingtaine d’années que les Européens baignent dans cette ambiance « post-tragique ». Ils ont été choqués par G. W. Bush, sa propension à recourir unilatéralement à la force, sans voir qu’ils partageaient avec lui la croyance dans la mission prosélyte de l’Occident, tout en ne prétendant voir dans le « choc des civilisations » qu’une théorie erronée au lieu d’un risque réel. Or, ils se réveillent dans un monde très différent, où les rapports de forces, les Etats, les stratégies de puissance ont retrouvé (gardé ?) toute leur importance. Où la mondialisation, activement poussée depuis des décennies par les Etats-Unis et les entreprises globales occidentales, a libéré l’énergie colossale de puissances qui émergent ou réémergent, et vont prendre sur ce terrain leur revanche sur les quatre ou cinq siècles écoulés. Il ne s’agit pas seulement de la Chine, de l’Inde ou de la Russie, mais aussi de dizaines d’autres moins importantes mais aussi dynamiques et ambitieuses. Les Européens et les Américains doivent constater que, ces derniers temps, ils n’ont pas réussi à fléchir les Birmans, ni à impressionner la Chine, ni à dissuader les Russes, ni à convaincre les Iraniens, ni à contraindre les Soudanais ou à maîtriser les Afghans, ni même, sur un tout autre plan, à ce que l’Inde accepte le compromis final à l’Organisation mondiale du commerce. En plus, pour régler un conflit, la coopération de tel ou tel pays est indispensable aux Occidentaux, alors même qu’il est la cible de pressions ou de sanctions par les mêmes Occidentaux dans un autre conflit, et ainsi de suite. Cela ne peut pas marcher. Il n’y a pas encore de « nouvel ordre international ».

Les crises traitées par le recueil ne résultent pas toutes de ce nouveau jeu des puissances. Elles ont leurs spécificités, ici bien mises en valeur. Mais elles sont au minimum entretenues et envenimées par lui, et leur solution en tout cas en dépend. C’est là où ce travail, qui sera complété et remis à jour régulièrement, est essentiel : il permet de redécouvrir la complexité du monde, au moment où celle-ci se réimpose à nous, cette complexité qui a été niée par un manichéisme occidental à courte vue (« the West and the rest ») mais aussi, paradoxalement, par un certain universalisme bien intentionné.

Des spécialistes de premier plan : diplomates, universitaires, chercheurs, experts, anciens responsables, permettront au lecteur du livre de comprendre les mécanismes de ces crises. Pierre-Jean Luizard, Robert Malley, Barnett Rubin, Henry Laurens, Andrew Fisher, Bernard Hourcade, Ghassan Salamé, Lakhdar Brahimi, Jean-Jacques Kourliandsky, Roland Marchal, Joseph Bahout, Pierre Hassner, Laure Delcour, International Crisis Group, New York University, divers think-tanks, tous ces noms de personnes ou d’organismes parlent d’eux-mêmes.

Pour chaque crise est proposée une solution. Il s’agit là d’une innovation majeure dans un ouvrage de ce type. Les crises ne sont pas seulement analysées. Des propositions sont faites, dans chaque cas. Elles anticipent sur la question : que faire ? Elles sont naturellement discutables. C’est leur fonction. Mais, par leur présence, elles évitent à l’ensemble de ces analyses d’alimenter perplexité et pessimisme, et elles pourront inspirer les responsables actuellement aux manettes. N’oublions pas enfi n que le monde dans lequel ces crises s’inscrivent est entré dans une mégacrise globale : celle d’une humanité en expansion démographique (9 milliards d’habitants en 2050), lancée dans une croissance économique forte et prédatrice, dont les risques vitaux sont maintenant évidents dans un monde fi ni où la compétition va s’accroître autour des ressources rares. Ces menaces systémiques amèneront peut-être les responsables des deux cents pays du monde et les institutions internationales qui en sont l’expression à mettre sur pied une raisonnable gouvernance globale qui n’existe pas encore, et finalement, à résorber les crises géopolitiques classiques dont ce livre vous donne les clefs.

Hubert Védrine





Avant-propos

    Depuis le 11 septembre 2001, mon métier de journaliste m’a conduite à « couvrir » les zones de conflits. Visiter les lignes de front, rendre compte des combats qui s’y déroulent, tenter de comprendre les engrenages qui conduisent à ces « guerres d’aujourd’hui ». Au cours de ces voyages, en Afghanistan, en Irak, au Liban ou ailleurs, j’ai rencontré des personnalités remarquables qui contribuaient à faire l’Histoire. Ces personnalités au parcours souvent original, chercheurs, diplomates de l’ONU ou de l’Union européenne, membres des organisations humanitaires, avaient parfois mis en garde les gouvernements et les étatsmajors contre les erreurs qui ont été commises, et souvent prévu leurs conséquences.

    En Afghanistan et en Irak, par exemple, les analyses des spécialistes étaient trop souvent écartées par les dirigeants américains, qui les avaient pourtant sollicitées, dès lors qu’elles ne confortaient pas leur manière de conduire leur guerre contre le terrorisme. La succession de mauvaises décisions prises par la Coalition, dénoncées unanimement aujourd’hui – et notamment dans ce livre par Ghassan Salamé pour l’Irak (p. 253), et par Lakhdar Brahimi pour l’Afghanistan (p. 78), – et le spectacle de leurs conséquences sur le terrain, justifiaient pourtant le pessimisme des analyses. Mais il a fallu attendre le temps, trop long, de la prise de conscience, et dans ce processus, les comptes rendus de ces observateurs privilégiés ont mis longtemps à influencer les décisions.

    C’est de cette constatation qu’est née l’idée de ce livre. Un livre pour donner la parole aux experts. Pour que les meilleurs spécialistes nous fassent comprendre ces grands conflits qui font la « une » de nos journaux, qu’ils nous expliquent leurs origines, leurs acteurs, les erreurs commises par cette coalition de « bonnes volontés », organisation des Nations unies ou grandes puissances qui veulent imposer la démocratie par les armes, mais aussi pour qu’ils puissent nous proposer leurs pistes pour en finir avec ces conflits...

    Afghanistan, Darfour, Colombie, Géorgie, Israël-Palestine, Irak, Iran, Liban, Tibet... ces neuf crises, les plus menaçantes, les plus médiatisées, sont décryptées, analysées par des « universitaires de terrain ». Comme, entre autres, Barnett Rubin, chercheur à l’université de New York, conseiller de l’ONU et de Barack Obama, qui a écrit huit livres sur l’Afghanistan, parle couramment le dari et le pachtou ; comme Andrew Fisher, de l’Institute of social studies, qui a passé huit ans au Tibet à étudier le bouddhisme ; ou comme Pierre-Jean Luizard, un des plus grands spécialistes du monde chiite du CNRS, qui n’a jamais cessé de se rendre en Irak, alors même que beaucoup de journalistes y ont renoncé... Tous ces chercheurs, qui ont une vision originale et engagée de leur domaine de compétence, ont accepté, après avoir analysé le pourquoi et le comment de ces guerres, de sortir de leur rôle et de tenter aussi de répondre à ces questions que l’on confie d’habitude à des politiciens : que faire ? comment en finir avec ces crises ?... Leurs propositions sont discutables, elles seront, nous l’espérons, sources de débats. Parfois, les façons dont on pourrait mettre fin à ces conflits sont connues de tous, ce qui ne signifie évidemment pas pour autant qu’on parviendra un jour à les résoudre : « Créer un Etat palestinien aux côtés d’Israël : à l’un des plus vieux conflits du monde existe l’une des solutions les plus simplement consensuelles », écrit Robert Malley, qui a été le représentant spécial du président Bill Clinton pour les affaires israélo-arabes (1998-2001) (p. 350). Mais bien sûr, le conflit israélo-palestinien recouvre bien plus qu’un bras de fer sur l’occupation de territoires. Alors, « telle solution envisagée un jour peut ainsi être catégoriquement rejetée le lendemain, selon l’état d’esprit des deux parties, l’état de leur rapport de forces, de leurs dynamiques internes, mais aussi de l’environnement international… », constate l’expert en résolution de conflits, qui ose avancer des recommandations pour tenter de sortir de ce cercle vicieux.

    D’autres fois, les propositions des chercheurs semblent paradoxales et aux antipodes de ce qui est mis en oeuvre par la communauté internationale, comme lorsque Barnett Rubin conseille d’intégrer les talibans dans un processus politique, de réduire les campagnes d’éradication du pavot, sources de mécontentement des paysans, et de rassurer le Pakistan, sans lequel aucune stabilité n’est possible en Afghanistan, en soulevant par exemple la question de la parité nucléaire avec l’Inde, et cela à l’heure justement où les Etats-Unis ont choisi de conduire des raids dans les zones tribales sans en prévenir les autorités du pays.

    Dans le monde « instable, imprévisible et contradictoire » décrit par le Livre blanc sur la sécurité et la défense nationale, bien plus complexe sinon plus dangereux que celui de la guerre froide, et en attendant la nouvelle gouvernance mondiale qu’appelle de ses voeux Hubert Védrine, nos chercheurs nous expliquent ces « guerres d’aujourd’hui » et lancent quelques pistes pour contribuer, comme nous y engage Pierre Hassner (p. 455), à tenter modestement d’éviter les malentendus, les escalades et les engrenages.

    Sara Daniel





Sommaire

Les auteurs
6
Préface par Hubert Védrine
9
Avant-propos par Sara Daniel
15
Afghanistan par Barnett R. Rubin
23
« Ce qu’il faut faire en Afghanistan » par Lakhdar Brahimi
78
Colombie par Jean-Jacques Kourliandsky
91
Darfour par Roland Marchal
137
« Darfour : aider aussi ceux qui fuient la misère » par Fabrice Weissmann
178
Géorgie par Laure Delcour
185
Irak par Pierre-Jean Luizard
213
« Le Cercle vertueux irakien » par Ghassan Salamé
253
« Un retrait important des troupes pourrait conduire l’Irak au chaos » par Joost Hiltermann
258
Iran par Bernard Hourcade
265
« Eviter la guerre ! » par le Club des Vigilants
305
Israël - Palestine par Henry Laurens et Robert Malley
313
Présentation du conflit par Henry Laurens
316
« Comment résoudre l’un des plus vieux conflits du monde ? » par Robert Malley
350
Liban par Joseph Bahout
367
« La solution à la crise libanaise : la création d’un Etat palestinien » par Ghassan Salamé
398
Tibet par Andrew Fischer
407
Postface par Pierre Hassner
455
 

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